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Ma Tse-lin

Exposition N° 9 - MA Tse Lin – PEINTURE de la PAIX – 17 juin au 28 septembre 2010.

LES INCURSIONS DE MA TSE LIN AU ROYAUME DU VIN

Tout créateur recèle en lui une part de mystère. Celui-ci s’épaissit encore lorsque l’artiste est chinois. En juillet 2001, je me suis retrouvé, dans le sud de la Chine, à Haï Feng, au cœur de la famille de Ma Tse Lin, entouré de ses quatre frères et de ses parents. J’ai pu alors soulever un coin du voile et ressentir aussi ce choc culturel que tous les voyageurs éprouvent dans l’Empire du Milieu. Une expérience qui m’a fait découvrir le vrai Ma et un de ses illustres ancêtres, Peng Pai, ce jeune intellectuel marxiste, issu d’un milieu de nantis qui avait fomenté avec des paysans des révoltes contre les seigneurs. Une sculpture le représentant en bronze trône dans un parc où un musée tout à sa gloire a été construit. Il sera exécuté à 34 ans par le Kuomintang. J’ai aussi compris les souffrances endurées par Ma et sa famille, lors de la dévastatrice Révolution Culturelle.



Très tôt, le jeune artiste, qui va devenir le premier étudiant chinois à suivre les cours de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris, va peindre des bouddhas. Mais les marchands qui s’intéressent à lui ont aussi un œil sur ses « bouchons » et ses « chaises » où il fait preuve d’une habile utilisation de la matière. Je me souviens des nombreuses discussions que nous avons eues au sujet de ses tableaux sur le bouddha. Au début des années 90, j’étais très proche de Restany et de l’aventure des Nouveaux Réalistes. Des mots d’Umberto Eco, le célèbre essayiste et penseur italien, résonnaient en moi. Ce dernier, voyant l’inquiétude du plus grand théoricien français de la deuxième moitié du XXème siècle pendant le Festival du Nouveau Réalisme à Milan, lui avait glissé : « Qu’ils continuent comme ça. Ils sont rentrés dans le marché et dans la reconnaissance officielle. C’est une question de quantité. Plus ils en feront et plus ils seront reconnus ». Un avis qui me faisait envisager avec le même esprit les bouddhas de Ma Tse Lin qui m’avaient, il faut le souligner, fortement impressionné. Chaque fois que nous nous rencontrions, j’insistais pour qu’il s’acharne vraiment sur cette thématique du bouddha. Il faut le souligner, il est dans la grande tradition picturale en Chine, de copier sans cesse le même sujet pour qu’un style finisse par éclore. Ma Tse Lin, l’artiste au fort tempérament a dans le milieu des années 90 définitivement trouvé ses appuis et sa ligne directrice. Il ne va cesser, dès lors, de consolider son langage.

L’intérêt des collectionneurs et le succès venant, ont finalement contribué à le pousser dans cette voie où il a pu donner toute la mesure de son talent. L’artiste a installé son usine à songe dans un vaste atelier, à la lisière du XXIIIème arrondissement de Paris. On y pénètre après avoir déambulé dans un couloir qui s’ouvre sur l’extérieur au fond d’une cour sans âme. Changement radical d’atmosphère dès que l’artiste ouvre la porte de cet endroit rempli de meubles chinois qui pourrait être un lieu de vie chaleureux. C’est là toutefois que les œuvres s’élaborent, sur fond sonore d’une chaîne de télévision chinoise toujours allumée. On le voit, même s’il vit en France depuis 1985, la Chine n’est jamais bien loin. Il semblerait aujourd’hui que l’artiste soit attiré pour ses grands formats par une veine surréaliste qu’il commence a sérieusement creuser.

L’exposition de Bordeaux nous donne à voir des tableaux, des estampes, des sculptures et présente les bouteilles de vin où l’artiste a apposé une étiquette de son cru. Ma Tse Lin, dans un style concis et très efficace nous rappelle avec cette intervention inédite qu’il est un artiste polymorphe capable de s’attaquer à n’importe quel sujet.

Commissaire de l’exposition « Chine, le corps partout ? », en 2004 au musée d’Art Contemporain de Marseille, avec parmi les 39 artistes présents une pléiade de stars de la scène artistique chinoise. J’avais demandé à Ma Tse Lin de créer une sculpture de grand format pour l’événement. Celle-ci débarqua de Canton quelques jours après le vernissage… mais fut incontestablement un des clous de l’exposition et connut un immense succès auprès du public ! L’artiste répète l’opération six ans plus tard à Bordeaux, cette fois en installant une œuvre sur les quais de la Garonne.

A première vue le Bouddha rouge présenté à Bordeaux est dans la veine du relief sculpté traditionnel. La structure interne de la sculpture s’efface devant le volume et se concentre sur la surface. Tout est rendu par des gonflements et des renflements qui la divisent en cinq parties, en fait cinq bouddhas. Voilà pour la stratégie mise en place par l’artiste. Le spectateur n’est pas contraint d’adopter un point de vue fixe. Cela tombe bien car le positionnement sur les quais, lui permet de découvrir la sculpture, en mouvement lorsqu’il passe en voiture ou en tramway.

Quand au spectateur stationnaire, il sera lui littéralement happé et poussé à contourner la sculpture pour la synthétiser, même inconsciemment, par la pensée. Les entrecroisements tridimensionnels de la forme générale sont le secret des bouddhas de Ma Tse Lin. Adepte de la figuration en peinture, l’artiste conserve son art dans le cadre de la représentation et travaille continuellement la question de la ressemblance de l’œuvre avec son sujet. Il met aussi l’accent sur la surface qui sera polie avec une sensibilité qui s’y imprime en grande partie du dehors. Les courbes sont nettement dessinées et participent à cette invasion de la lumière, qui participe avec une subordination des volumes dupliqués à une forme géométrique simple mais inédite. Celle-ci est le témoignage de la volonté de nous présenter des formes idéales avec un polissage quasi fanatique des surfaces. Il faut aussi relever que devant cette sculpture, et c’est là un tour de force de l’artiste, le spectateur engage sa temporalité.

Avec ses sculptures, Ma Tse Lin consolide un langage formel dont le vocabulaire se déploie depuis des années au travers de ces peintures du bouddha que l’on peut voir aujourd’hui à la Galerie 22 Rive gauche sur les bords de la Garonne. Son incursion dans les vignobles du bordelais, le territoire le plus célèbre de la planète-vin dans le monde, ne pouvait que stimuler la fibre créatrice d’un artiste aussi singulier. Arrivée en ce début du XXIème siècle à une maturité plénière, l’œuvre de Ma Tse Lin, indépendante, hors des modes, confirme une nouvelle fois un style qui lui appartient aujourd’hui en propre et une cohésion dans ses déductions esthétiques qu’il décline au fil des expositions. Et celle qu’il nous propose sur les étiquettes du Spirit Bouddha Wine du Château de l’Orangerie, à Saint-Felix de Foncaude, en est une brillante illustration !
Henry Périer


Henry Périer est Docteur en Histoire de l’art. Il est l’auteur de nombreux articles sur l’art et de catalogues. Biographe de Pierre Restany, commissaire d’exposition indépendant, il a organisé de nombreux événements. Le dernier étant la plus importante exposition de Bernard Buffet jamais réalisée en France depuis 40 ans. Il est aussi l’un des grands spécialistes de l’art contemporain chinois. Commissaire de l’Année de la Chine en France en 2004, auteur du texte et conseiller en 2008 de l’exposition »China gold » au musée Maillol, il était le curator, en 2009, du Zhao Bandi Panda Show au Palais de Tokyo.



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