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9 novembre 1989 : le mur de Berlin tombait

Avril 89, Alain Juppé dépose une gerbe au pied du "mur de la honte". Novembre 1989, il est à nouveau à Berlin. Et emprunte Checkpoint Charlie, le célèbre point de passage entre le secteur américain et le secteur soviétique, pour passer à l’est.
"Politiquement, rien n’était joué... Mais rien n’arrêterait le processus de réunification... ce rouleau compresseur de la liberté qui s’était mis en marche."
Alain Juppé raconte en vidéo.(http://www.bordeaux.fr/ebx/portals/...)



Norman Hass, professeur d’allemand à l’Université Bordeaux 3
"A l’automne 1989, j’avais 12 ans, je vivais avec mes parents à Berlin-Est, dans un des quartiers neufs, typiques des villes des pays communistes et qu’on appelle aujourd’hui des cités. J’ai donc vécu les évènements qui devaient bouleverser la RDA en mêmes temps que les grands changements que traverse chaque adolescent. C’est peut-être la raison pour laquelle cette révolution me paraissait bouleversante, étrange mais à la fois naturelle. Le mur étant tombé le 9 novembre vers 23.30, c’est mon père qui me l’a dit en me réveillant le lendemain. Comme j’avais encore sommeil, je l’ai appris avec un mélange de grande surprise et stupéfaction. A l’école - le 10 novembre étant un vendredi – et il n’était pas question de ne pas y aller, mes parents ne l’auraient pas permis, je me suis rendu compte que la moitié de la classe était absente. Il y a un deuxième souvenir que j’ai gardé par rapport à l’école. Peu après le 9 novembre nous ne devions plus aller à l’école le samedi. Récemment j’ai lu dans un livre que c’était parce qu’après ce déluge de réfugiés qui ont quitté le pays pendant les mois précédents, il n’y avait plus assez de professeurs pour assurer les cours.
Et puis, le jour est venu où je suis allé la première fois à l’Ouest. Je m’en souviens très bien. Après l’ouverture du mur, il y avait une courte période où il fallait avoir un visa pour passer de l’est à l’ouest. Désormais, chacun avait ce droit mais il y avait bien entendu de files d’attente énormes devant les bureaux de police. Tous les jours, j’ai supplié mes parents de demander cette permission pour enfin voir l’ouest. Enfin, le grand jour était là. Il faisait très froid. On a franchi la frontière entre Friedrichshain à l’est et Kreuzberg, là où se trouve aujourd’hui la East-Side-Gallery. J’avais de vagues idées de ce fameux quartier alternatif de l’autre côté du mur et la tête pleine d’images de la vie à l’ouest. Mais cette première visite était très irritante pour moi. D’un coté, l’état des immeubles juste après le passage frontière avec leurs façades grises ressemblait fort à ce que je connaissais des anciens quartiers de Berlin-Est. En revanche, l’ambiance était complètement différente, surtout parce qu’il s’agissait d’un quartier où vivent traditionnellement beaucoup de gens d’origine turque. Moi qui ai grandi à l’est où on a beaucoup parlé de l’amitié entre les peuples mais où ne vivaient pratiquement pas d’étrangers, j’ai éprouvé un sentiment de grand dépaysement.
On a pris alors le métro pour aller au Kurfürstendamm, les Champs-Elysées de Berlin-Ouest. Bien sûr on s’est arrêté devant les vitrines des magasins et je me souviens d’une scène où un jeune couple s’est adressé à mes parents en disant "C’est bien autre chose ici que chez nous". Peu après j’ai demandé à mon père "- Mais pourquoi ils savaient que nous sommes de l’est ? - Parce que ça se voit." a répondu mon père.
Les années suivantes, la ville de Berlin, et surtout le coté oriental, a énormément changé. A l’exception de quelques restes du mur qu’on a laissés, celui-ci a complètement disparu. Mais a-t-il aussi disparu de la conscience des Berlinois ? Il y a deux ans, j’ai fait mon stage pour devenir professeur, et j’étais en voiture avec des collègues pour participer à un séminaire. Comme personne ne savait où exactement ce dernier avait lieu, j’ai regardé le plan. Pour indiquer la direction à ma collègue qui conduisait la voiture, j’ai dit "C’est juste derrière le mur." Elle, qui a grandi à Berlin-Ouest, m’a répondu en riant "C’est alors juste devant le mur."
Thierry Letellier, directeur de l’unité INSERM "Physiopathologie Mitochondriale"
"En 1989, j’étais en thèse de biochimie à l’Université de Bordeaux 2 - Victor Segalen et je devais me rendre à un congrès de biologie théorique en Allemagne de l’Est (Holzhau petite ville proche de la frontière tchécoslovaque). Nous sommes donc partis de Bordeaux le 9 novembre pour Berlin Ouest afin d’y passer la nuit. Dès notre arrivée en fin d’après midi à l’aéroport de Tegel (Berlin ouest), l’ami qui était venu nous chercher nous annonça que le mur était en train de tomber. Après une courte pause pour déposer nos bagages, nous sommes tout de suite partis non loin de la porte de Brandebourg. Ma première impression fut une ambiance festive mélangée à un chaos inimaginable. Je n’avais pas l’impression de vivre un moment historique, j’étais loin d’imaginer que le mur aurait pu tomber aussi facilement et je me laissais seulement guider par la foule pour finalement arriver juste devant le mur. Là, il y avait pêle-mêle des badauds, des personnes qui essayaient de détruire le mur, un certain nombre d’entre elles avaient même réussi à l’escalader et laissaient exploser leur joie tout en essayant de faire tomber les lourdes plaques de bêton qui constituaient le mur. Il y avait aussi des garde-frontières est-allemands qui observaient cet évènement qui visiblement les dépassait. Je me souviens m’être baissé, pour prendre une pierre des fondations du mur aux pieds d’un soldat qui manifestement ne comprenait pas mon geste.
Des gens s’embrassaient, pleuraient, se jetaient dans les bras les uns des autres, nous échangions quelques mots avec tout le monde. C’est ainsi que je me suis retrouvé avec un marteau et un burin à la main en train de taper sur le mur. Pour être franchement honnête, ce geste était plus symbolique qu’efficace car le mur était en béton armé mais chacun voulaient participer à ce moment. Le mur était ainsi percé en nombreux endroits qui nous permettaient d’apercevoir le no man’s land et le mur coté Est. Après quelques minutes, je passais le marteau à mon voisin sans bien sûr oublier les quelques morceaux de mur que j’avais pu détruire. Mais personne de l’est ne passait par ces brèches, cela restait plus une attaque symbolique que les soldats est-allemands laissaient faire. Nous sommes ensuite dirigés vers un poste frontière entre la RFA et la RDA, l’ambiance était à la liesse et les premiers Allemands de l’Est commençaient à passer à l’ouest. La confusion régnait, il était plus d’une heure du matin. Il y avait là un défilé continu de personnes à pied, en voiture, qui se pressaient à la frontière ; elles semblaient totalement déroutées. Je me souviens avoir pu discuter avec un étudiant est-allemand qui ne savait pas s’il allait pouvoir revenir à l’Est mais qui avait une volonté inébranlable de quitter la RDA.
Cette ambiance de fête mêlée à l’anarchie et à l’incertitude reste très précise dans mes souvenirs. L’ironie du sort est que le lendemain matin (après une nuit très courte) bien que le mur soit tombé, nous passions à l’Est par checkpoint Charlie avec toutes les tracasseries administratives habituelles. Il nous semblait plus facile de sortir de l’Allemagne de l’est que d’y entrer."

Sources : bordeaux.fr (http://www.bordeaux.fr/ebx/portals/...)

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